Bénin : Une déclaration du chef de l’Etat aiguise la plume des journalistes

 Coupures de presse

Alors que les élections des conseillers communaux tardent à avoir lieu depuis 2013, que pointent à l’horizon 2015 celles des députés et un peu plus tard le scrutin présidentiel de 2016, l’environnement politique béninois est sous tension. Si les politiques restent un peu timides, la presse elle se montre au contraire très engagée en faveur de la sauvegarde de la démocratie, une forme de gouvernement dont la tenue régulière des élections  constitue un important critère de vitalité.

La presse, désignée comme quatrième pouvoir renvoie aussi souvent l’image d’un chien de garde qui surveille les agissements des acteurs de la scène publique, notamment les politiques. La presse du moins, certains médias béninois sont aujourd’hui plus que des chiens de garde, mais de véritables politiques.

21 septembre 2014. Le Président du Bénin, lors d’un déplacement à l’intérieur du pays déclare que les consultations électorales en général au Bénin coûtent trop cher.  Boni Yayi a ajouté que la trésorerie de l’Etat en souffrance n’était pas en mesure de supporter le budget présenté par la Commission électorale pour organiser les élections locales et communales. On pouvait s’attendre à une levée de boucliers dans le rang des acteurs politiques face à ce qui est interprété comme un aveu du gouvernement à ne pas vouloir des élections. Elle a eu lieu d’une manière où d’une autre. La presse « enragée » était à l’occasion le chef d’orchestre.

Les réactions dans les médias n’ont pas tardé pour désapprouver les propos du Chef de l’Etat. Le soir de ce mardi 23 septembre au lendemain de la diffusion de la déclaration du Président, sur les chaînes de télévision les mêmes hommes politiques et syndicalistes à quelque nuance près ont poussé leur coup de gueule.  Il est aisé de comprendre dans ces conditions que la presse béninoise est en train de jouer le rôle dévolu aux politiques. En attendant que les acteurs politiques eux-mêmes agissent et montrent leurs muscles, les journalistes politiques eux, prennent le devant des choses à travers leur plume pas du tout tendre ni avec le pouvoir, ni avec l’opposition.

Dimanche 28 septembre, sur les radios et télévisions de Cotonou, les émissions politiques ont toutes porté sur la question des élections. Au moment où la Radio nationale organisait un débat, les radios et télévisions privées ouvraient également leurs antennes aux politiques pour opiner sur le sujet devenu le choux gras de la presse béninoise. Non sans raison. Une télévision a même osé intitulé son programme de circonstance « la République en danger » pour traduire la gravité que constituent la non tenue des élections locales et communales et l’incertitude qui entoure celles à venir. Sur une autre télévision qui recevait un conseiller du Chef de l’Etat, les journalistes se sont ouvertement comportés comme des contradicteurs de l’invité, tel dans un débat. Bref, l’activisme de la presse béninoise depuis la déclaration à polémique du Chef de l’Etat a évolué comme flèche. Peut-être atteindra-t-elle, cette flèche, sa cible : l’organisation des élections tant attendues.

Vincent Agué

 

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