Oui je parle français, mais je suis d’abord africain

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Mais quel pied de nez réussi à la veille de la Journée de la Francophonie ! Les parlementaires béninois n’ont sans doute pas pensé à cette portée symbolique de leur dernière modification portée à la loi électorale. En faisant inscrire dans la loi que les candidats aux élections locales n’avaient pas à savoir lire et écrire le français, les députés béninois ont rendu justice à ces milliers de Béninois et Béninoises, acteurs mobilisateurs pour le développement de leurs communautés mais qui ont eu la malchance de n’être jamais allés à l’école du Blanc.

Ils pourront désormais valablement prétendre siéger au sein des conseils de village ou quartier de ville. Ils le méritent, ils y ont leur place. En fait, ils auront à discuter des problèmes locaux de développement et pour ça la maîtrise du français, certes un atout, n’est pas indispensable. Ce qu’on demande à l’acteur à ce niveau de direction, c’est d’avoir une vision de l’amélioration de son quotidien, lui et ses concitoyens. Par exemple, n’exigeons pas d’un villageois, élu local de savoir lire et écrire le français avant d’initier des séances de travail communautaire en faveur de l’environnement, de l’école du quartier, du marché du village, du pont en matériaux précaires sur le chemin des champs, etc. Bravo aux députés de mon pays ! Merci d’avoir reconnu l’erreur précédente et l’avoir corrigée.

Vous ne l’avez sans doute pas remarqué, mais votre acte est intervenu au cours de la semaine qui voit la célébration de l’édition 2015 de la Journée internationale de la Francophonie. Et c’est cette coïncidence qui m’intéresse. Pour moi cela ressemble bien à un signal fort lancé à qui veut l’entendre que nous parlons et écrions le français comme langue officielle, mais nous sommes d’abord des Africains du Bénin.

Je ne rejette pas la langue du colon, même si… Mais je suis fortement engagé pour la valorisation de nos langues africaines. Il est vrai qu’au Bénin nous n’avons pas encore eu le courage des Sénégalais qui ont formellement reconnu certaines langues locales comme langues véhiculaires. Mais nous gagnerons certainement à oeuvrer pour la survie de nos patois (j’accepte le mot péjoratif, chers amis français !). J’ai honte, en que Béninois de ne pouvoir écrire ma langue maternelle (grâce à l’alphabet français je la lis au moins). Ce n’est certainement pas ma faute, en tous cas pas en amont ! Cela remonte à mes premiers pas à l’école quand l’instituteur du cours d’initiation (qui du reste faisait son devoir commandé) m’embrouillait le cerveau avec une langue française qui n’a rien à voir avec mon shabè que je n’avais pas fini de maîtriser en famille. On pourra aussi remonter plus en arrière pour incriminer le colon gaulois qui à coups de cravache a imposé sa civilisation à mes aïeux du Dahomey par sa politique de l’assimilation alors que Mister le britannique laissait les autochtones nigérians vivre selon leurs cultures.

Mais je n’ai pas vécu cette histoire, alors je pardonne et demande pardon à mes ancêtres qui m’en voudront de leur tombe (une minute de silence SVP) de pardonner au toubab. Je ferme donc la page pour penser à mon adaptation aux enjeux du 21e siècle, celui de la mondialisation. Celle-ci qui suppose que nous sommes tous membres d’une même communauté mondiale ne doit pas nous faire oublier nos valeurs, nos cultures…

Oui je fais désormais mienne la langue française (Bonne fête à tous les francophones hein !) mais je rappelle que je suis d’abord né pour parler naturellement mon dialecte africain. Car je sais que je suis en train de ressembler à … mais je ne le deviendrai jamais. Le tronc d’arbre a beau demeurer un siècle dans la rivière, il ne changera pas d’espèce pour intégrer la famille des crocodiles, m’enseigne une sagesse de chez moi. Alors tout est dit, et j’arrête d’en dire plus…

VinsanG

 

2 thoughts on “Oui je parle français, mais je suis d’abord africain

  1. Bonne fête à toi aussi!
    C’est une histoire assez édifiante… le plus drôle, c’est que je ne pense pas qu’à Lomé on en soit encore là. Il est carrément sacralisé, déifié, le français. ça en est même agaçant par moments.

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