Burkina Faso : pourquoi le général «justicier» Gilbert Diendéré peine à justifier son putsch

Le Général Gilbert Diendéré
Le général Gilbert Diendéré

Le général auteur du coup d’Etat militaire du 17 septembre 2015 au Burkina Faso, un homme sorti tout droit des décombres du régime Compaoré, qui met du temps à s’estomper, prétend avoir agi en faveur de la restauration de la démocratie inclusive. Dans ses prises de parole sur les médias, en conférences de presse, communiqués et interviews, Gilbert Diendéré clame sa bonne foi, son amour pour son pays en freinant net une transition qui à ses yeux n’était pas assez transparente. Soit. Mais la répétition dans ses propos des mêmes arguments convertis en des expressions similaires d’un entretien à un autre ne suffit toujours pas à convaincre de la justesse de son action antidémocratique. En effet le coup d’Etat de l’ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré est intervenu dans des circonstances qui interpellent. A l’analyse, ces circonstances laissent penser que le putschiste était motivé par d’autres raisons qu’heureusement la raison n’ignore pas.

Les archives écrites à l’encre rouge sang de la période Compaoré renseignent que le général était un maître à penser du système de répression des opposants qui a duré 27 ans de 1987 à 2014. Entre autres dossiers emblématiques, l’assassinat de Thomas Sankara et celui du journaliste Norbert Zongo. Coïncidence, le 17 septembre jour du coup d’Etat, la justice remise en route sur le dossier Sankara, devait prendre connaissance des rapports d’expertise balistique et d’autopsie sur les restes exhumés et présentés comme étant ceux de l’ancien tribun révolutionnaire, dont l’esprit hante encore le Faso. Et hante encore plus certainement le justicier sans maillet qui jeta son dévolu sur son fusil. Le général est était déjà bien au cœur du coup d’Etat contre Thomas Sankara.

Autre chose, le général Diendéré devait être le mari d’une député et l’ami d’un président de la République si les candidatures à la députation de sa femme et à la présidentielle de son compagnon Eddie Komboigo n’avaient pas été rejetées par le Conseil constitutionnel pour “complicité de chirurgie artisanale dangereuse de la Constitution” aux côtés de l’accusé principal Blaise Compaoré. Le général justicier qui veut des élections inclusives aurait bien aimé que madame et camarade soient de la compétition électorale. Coïncidence d’intérêts ?

N’oublions pas non plus la quête de survie du général laissé dans la gueule des anti-Compaoré après la chute de ce dernier fin octobre 2014. Il ne le dit pas, mais le général putschiste, sans attendre les conclusions du sommet de la Cédéao, affirme qu’il accepte tous les points du projet d’accord de sortie de crise proposé par la médiation. Dedans, l’amnistie au profit des putschistes figure au nombre des points qui divisent le Burkina Faso. L’amnistie pour le général Diendéré et sa troupe est-elle aussi profitable au peuple burkinabè et aux parents, proches et amis des jeunes tués par les tireurs du régiment de sécurité présidentielle ?

Non, mon général je ne vous crois pas. Comme vous le concédez vous-même au Monde Afrique en ces termes : « (…) j’agis pour le bien de la nation. Peut-être que je me trompe (…) ».

 

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