Bénin : « Soutien », la poule aux oeufs d’or des politiciens à l’occasion de la présidentielle

Meeting de soutien à un candidat dans un arrondissement près de Cotonou. (Image modififée)
Meeting de soutien à un candidat dans un arrondissement près de Cotonou. (Image modifiée)

Il paraît qu’il coûte des centaines de millions de francs Cfa, un soutien. J’ai bien dit « soutien », pas soutien-gorge hein ; cela s’entend non ? Même le soutien-gorge de la femme la plus riche de l’Afrique ou de la Première Dame de la République très très démocratique du Gondwana – je ne mentionne pas la Miss d’où que ce soit car les filles ont maintenant horreur du soutien-gorge paraît-il – ne coûterait pas une telle somme, n’est-ce pas ? Alors, ne faites de confusion.

De quoi s’agit-il plus sérieusement ?

Le Bénin s’apprête à élire le 28 février 2016 un nouveau président qui va succéder à Boni Yayi en fin de mandat. Ils sont officiellement 36 candidats – les plus sérieux sont moins nombreux que les plaisantins – à ne rêver que d’une chose : devenir président le 6 avril 2016. Et pour y arriver, il faut avoir des partisans – ce qui ne signifie pas qu’ils sont des électeurs – qui satisfassent leur orgueil, leur ego de candidat.

La valse des suscitations (d’aucuns diraient la filière des suscitations) est terminée. Elles consistaient pour des groupes d’individus à s’organiser et appeler un homme (le commanditaire de la suscitation) à se présenter à l’élection présidentielle, parfois sachant bien que ce dernier a déjà clairement affiché son ambition présidentielle. A cette occasion, des nouveaux acteurs politiques émergent et montent sur la scène comme s’ils entraient dans un moulin.

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Place maintenant aux soutiens

La campagne électorale n’est pas ouverte mais dans la réalité c’est comme si. Il n’y a qu’à suivre les médias au jour le jour pour constater que tout le pays est déjà sous l’emprise des propagandistes. Avant l’entrée en scène proprement dite des candidats, ce sont leurs lieutenants qui parcourent villes et campagnes pour déclarer soutien à leurs leaders respectifs. Chacun s’organise dans son terroir pour faire adhérer à la cause du candidat des groupes d’individus. A l’heure du rassemblement, un rendez-vous avec la presse en fait parce que sans le relais qu’en feront les médias il n’aura servi à rien et le candidat n’aura pas été séduit, le “président du comité d’organisation” délivre son discours ; il sera suivi par les représentants auto-proclamés des jeunes, des femmes, etc. Ne me demandez surtout pas si les messages écrits sont bien rendus ; on baragouine souvent un langage que seul le candidat est à même de déchiffrer. S’il arrive déjà à distinguer son nom, c’est que les lecteurs des messages sont assez bien instruits. Il n’est pas rare par exemple d’entendre dire “Léonel” en lieu et place de “Lionel”, du prénom du Premier ministre candidat du gouvernement à l’élection présidentielle.

Mais il y a aussi des cadres de l’administration publique, des directeurs généraux de sociétés d’Etat et d’autres fonctionnaires qui jouent les courtisans en allant déclarer leur soutien au candidat officiel, le candidat du parti au pouvoir. L’objectif est clair, il faut “faire un clin d’oeil”,  “des yeux doux” au candidat en pôle position pour qu’en cas de victoire, leurs postes soient sauvegardés ou qu’ils soient tout simplement promus. Généralement ces courtisans d’un nouveau genre ne sont même pas leaders d’opinion dans leurs quartiers.

Ce qui rend encore plus heureux les candidats, c’est de brandir les gros soutiens comme des trophées de guerre. Les grands mobilisateurs de foules sont courtisés par les candidats. Seuls les plus offrants parviennent à s’attacher les services de députés, élus communaux et locaux supposés populaires dans leurs circonscriptions électorales. A quel prix ? A coups de centaines de millions de francs Cfa, raconte-t-on. Une fois le “grand électeur” débauché, le candidat à l’enveloppe intarissable vit maintenant dans l’illusion d’une élection assurée, croyant tout bonnement que les populations sont des robots qui ne feront qu’exécuter la consigne de vote de leurs élus. Soit.

Le leader d’opinion acheté, lui aura fait une bonne affaire ; en bandit bienfaiteur, il jettera quelques jetons à ses militants pour les rassembler et déclarer le fameux soutien.

Mission accomplie pour lui si les reportages des télévisions mettent bien exergue l’entassement des foules qui ont répondu à l’appel argenté. Le candidat commanditaire en sera aussi satisfait, ignorant que la foule est différente de l’électorat.

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Le plus veinard des candidats peut aussi se permettre de faire le point des soutiens décrochés par ci par là. Si la carte de ses soutiens virtuels est large (à la taille du bulletin unique de vote, car ils sont 36 candidats quand même !), il décrète dès lors qu’il gagnera la présidentielle par K.O. En clair dès le premier tour. Depuis 2011 où l’actuel président a été réélu par un inédit Knock Out, ce terme est entré dans le vocabulaire politicien du Bénin…

Achat de conscience et chosification de l’électeur

La population se rassemble pour acclamer et faire des youyous en répétant des slogans ronflants pour prendre à la fin “l’argent gratuit” de la campagne électorale. Personne n’ignore plus au Bénin que les mêmes populations mobilisées pour un candidat un jour le seront le lendemain voire le même jour à une autre heure pour un autre candidat. Pour combien ? 2.000, 3.000, le maximum qui rend enthousiaste étant le billet de 5.000 fcfa. Mais les intermédiaires prennent leurs parts, du coup le “militant” ne recevra jamais la totalité de la somme pour laquelle il s’est déplacé, est resté sous le soleil pour inhaler la poussière et crié à en devenir aphone .

La presse, grand complice

Dans cette activité, un allié incontournable est sollicité : la presse. Les journalistes sont chargés de rendre compte des meetings et si possible d’en gonfler l’ampleur à la mesure des subsides qu’ils auront perçues et même s’il faut dans leurs papiers bafouer les règles du métier. Tenez, pour un rassemblement politique de moins d’une centaine de personnes en faveur de Tartempion candidat à l’élection présidentielle, ne soyez pas étonnés d’entendre le reporter de la radio ou de la télé ou encore celui d’un journal rendre compte en faisant une généralisation qui englobe toute la population de la localité où a eu lieu la manifestation politique. Sans oublier les qualificatifs dithyrambiques destinés à justifier le per diem (gombo, paquet, enveloppe, c’est-à-dire l’argent !) reçu qui truffent les titres et les commentaires des reportages. Et leur inspiration pour le vocabulaire de la com politique ne tarit point. Morceaux choisis :

Tchaourou (c’est le nom d’une ville) tombe dans l’escarcelle de X ; Parakou réaffirme son soutien indéfectible à Y ; Cotonou demeure la chasse gardée de Paul (aucun candidat ne s’appelle Paul) ; Le turbo de Tartempion avale la ville de ; Le train de Z gagne dix wagons (sans préciser le contenu des wagons !) ; La population de Calavi entièrement acquise à la cause de A ; Tout le département de … roule pour le candidat T;  Toute la vallée de l’Ouémé respire le nom de X candidat; Entre Cotonou et une telle candidate, c’est le “Je t’aime moi non plus” ; etc.

Après les déclarations de soutiens avec lesquelles les médias ne cessent de nous saouler, place bientôt à la campagne électorale officielle. Chacun prendra sa part de l’argent gratuit de campagne car beaucoup sont convaincus que les politiciens sont des richards. Alors on en profite pendant que c’est possible. Sinon après ce sera tard. Un artiste béninois a chanté : “Politiciens démagogues, quand est-ce que vous allez changer ? (…)” Ils ont un seul jour pour remercier les électeurs, le dimanche du scrutin et les autres jours de l’année pour les faire souffrir. Moi j’ai tout compris ! A bon entendeur, salut conscience citoyenne !

Vincent Agué

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