Bénin : Lionel Zinsou, le retardataire qui rêve de la première place

Que dire encore en plus de tout ce qui a pu être dit sur lui depuis qu’il a décidé de briguer la présidence du Bénin ? Et même bien avant, quand sa candidature n’était encore qu’à l’étape des supputations, elle a fait couler beaucoup d’encre et des averses de salive sont tombées sur la scène publique béninoise pour dénoncer Lionel Zinsou. Vincent veut-il en remettre une couche ? Certainement pas. Mais ma réflexion ne vient pas non plus défendre l’intéressé. Dans une précédente réflexion je présentais Abdoulaye Bio Tchané et Pascal Irénée Koupaki comme les deux meilleurs candidats à la présidentielle de mars 2016 (Présidentielle 2016 : Bio Tchané et Koupaki, deux “cartésiens” qui veulent faire la politique autrement). Si je devais ajouter un troisième choix, Lionel Zinsou aurait eu ma faveur. Voici pourquoi je l’ai écarté.

Que ce soit clair, je ne suis pas de ceux qui fustigent l’ambition présidentielle de Lionel Zinsou sur la seule base de sa double nationalité ou sa nationalité française. Loin s’en faut, je ne suis pas raciste. D’ailleurs, j’aime les Blancs et Lionel Zinsou n’est pas un Blanc. Je vous étonnerais en vous disant que je n’ai jamais entièrement condamné la colonisation. C’est peut-être choquant, mais c’est la réalité et je l’assume. Dans mon pays, les exemples de gestion irresponsable foisonnent et suffisent à démontrer que nous avons mal négocié le virage de l’indépendance. Le Blanc nous a laissé les rails et les trains, nous les avons tués, le Blanc nous a construit des bâtiments qui tiennent debout depuis plus d’un siècle, pendant ce temps les édifices que les ingénieurs locaux ont réalisés tombent souvent en ruine quelques années après… Alors, je puis vous dire que je n’ai jamais considéré comme une insulte le célèbre discours de Nicolas Sarkozy à Dakar en 2007 selon lequel “L’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire” . En voilà pour la mise au point.

Je l’aime bien bien, mais…

Cependant, qu’est-ce que mon compatriote Lionel Zinsou vient-il chercher à vouloir devenir en 2016 président du Bénin ? D’où vient-il ? Son rêve date de quand ? Que sait-il de son pays ? Que savent ses compatriotes de lui ? Mes questionnements n’en finissent pas. Depuis que je me suis imposé un recul pour analyser la candidature du Premier ministre à l’élection présidentielle de 2016, je me suis rendu compte que cette ambition était inadmissible à l’heure actuelle. Pourquoi ?

Visiblement, Lionel Zinsou n’aurait pas été candidat à l’élection présidentielle s’il n’avait pas été bombardé Premier ministre au préalable par le Président Boni Yayi. Je n’insinue rien, je ne fais que répéter l’ancien patron de PAI Patners. Après le dépôt de sa candidature à la Commission électorale le 12 janvier 2016, il déclarait devant les micros et caméras :

“Je voudrais rendre hommage au Président Yayi Boni parce que s’il ne m’avait pas fait confiance en me confiant des responsabilités gouvernementales, aujourd’hui, au fond, je n’irais pas devant mes compatriotes avec le sentiment d’un soutien et de mettre mes pas dans son action”.

 

Opportunisme

Sans avoir à ce que nous sachions au Bénin, oeuvré aux côtés de Boni Yayi – même si l’on me vante sa fonction de conseiller à l’économie à distance pendant cinq ans – voilà donc M. Zinsou choisi par le président sortant pour lui succéder. Comme dans une monarchie. Et même si le chef de l’Etat sortant pouvait se permettre une telle initiative, Lionel Zinsou est-il le mieux placé ? Boni Yayi n’a-t-il pas eu des collaborateurs aussi compétents en mesure de lui succéder ? Singulièrement, il me plaît de mentionner son ancien Premier ministre et homme de confiance Pascal Koupaki qui l’aura servi avec loyauté  sept ans durant. Mais nous voici devant le fait accompli : Lionel Zinsou a été imposé (il n’y à qu’à écouter les proches du président pour s’en convaincre).

Il faut être honnête et reconnaître même quand on a de la sympathie pour lui, que M. Zinsou n’a pas été préparé à la gestion de l’Etat. Sans grande expérience de gestion publique, il débarque et se propose de nous diriger. Le comble, c’est que toute la machine politique du pouvoir, les cadres, les ministres, les directeurs de sociétés d’Etat et deux grands partis politiques sont à son service pour atteindre son but. Et cela énerve.

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On a le sentiment que le prochain président est déjà désigné par des gens qui n’ont pourtant pas le droit de s’arroger le pouvoir populaire et que ce qui est en jeu c’est la formalisation de cette désignation dans de simulacres d’élections. On est bien en face depuis plusieurs mois à une bataille entre l’Etat et certains citoyens. En ce que Lionel Zinsou est comme un candidat officiel porté par le gouvernement et ses soutiens et de l’autre côté, il y a les autres candidats. En somme le match n’est pas équilibré dès le départ. Une preuve en est que les moyens de l’Etat sont utilisés allègrement pour faire campagne. Les critiques des opposants et des activistes de la société civile n’ont apparemment pas fait fléchir le Premier ministre. Son véhicule de fonction officielle fait partie du cortège de campagne électorale. En tous cas, au premier jour de la campagne électorale, la 4X4 fonction de Lionel Zinsou a été remarquée dans la colonne de véhicules qui l’accompagnait dans ses activités politiques même si le candidat était à bord d’une voiture privée. Qu’à cela ne tienne !

Et la supposée télécommande de la belle Elysée  ?

Je n’en ai aucune preuve, je ne saurais donc pas dire d’emblée que la France en est pour quelque chose dans la candidature de Lionel Zinsou. Et ceux qui le pensent n’en ont pas les preuves. Je ne les soutiens pas. Seulement, une chose crève les yeux et paraît bien curieuse. Boni Yayi n’a jamais été aussi régulier à Paris chez François Hollande depuis la nomination de Lionel Zinsou à la primature… Quelle coïncidence bien compromettante ? Lionel Zinsou a beau dire que la France ne le soutient pas, il aura du mal à se faire croire. Le pauvre !

Sa force, sa faiblesse

Lionel Zinsou se veut un candidat du consensus. C’est d’ailleurs pour cela qu’il aura tout fait pour rallier à sa candidature trois grandes formations politiques qui s’étaient toujours combattues du Bénin. Ici ont dit qu’il “a frappé un grand coup”. Cependant, est-ce rassurant ? En cas de victoire, comment gérer les différents acteurs de la conquête du pouvoir ? S’en séparer et appliquer sa politique ? Ce serait un risque et malhonnête même car manifestement Lionel Zinsou ne peut rien sans les autres. Or il est démontré au Bénin que les présidents commencent par échouer dès qu’ils écartent les soutiens qui les ont porté au pouvoir. Malheureusement ou heureusement, Lionel Zinsou est porté par une coalition politique qui s’étend de jour en jour. Un signe d’adhésion populaire ? Je ne crois pas, je crains plutôt une ruée vers l’or.

En plus aujourd’hui, une partie de l’opinion béninoise croit que les carrottes sont cuites. L’élection présidentielle se prépare dans des conditions peu rassurantes. Certains y voient une pré-médidation. Les cartes d’électeur ne sont pas toutes apprêtées et on a dû reporter le srcutin initialement prévu pour le 28 février au 6 mars. Alors que les cartes n’étaient pas prêtes et distribuées, le responsable de l’institution chargée de cette tâche (Augustin Ahouanvoébla, député du Parti du renouveau démocratique qui soutient Lionel Zinsou) a pu déclarer à la télévision, que Lionel Zinsou devrait gagner dès le premier tour. Scandaleux, ont trouvé ces propos de nombreux observateurs. Pour d’autres, ce n’est qu’un aveu d’un plan préparé pour faire passer Lionel Zinsou par tous les moyens. Dans ces conditions, si effectivement Lionel Zinsou gagnait par un coup K.O. le pouvoir lui sera difficile à gérer. Ce n’est pas une malédiction, c’est une crainte justifiée.

« Il n’est pas si connu du public »

Lionel Zinsou, qui le connaît ? En tous cas pas moi, pas assez. Comme beaucoup d’autres Béninois. Même le secrétaire général du gouvernement l’a reconnu quand il annonçait en juin 2015 la nomination du Franco-Béninois au poste de Premier ministre. “Il [Lionel Zinsou] n’est pas si connu du public”, avait laissé entendre (par imprudence verbale) Alassani Tigri face au journaliste de la télévision publique qui avait réussi un coup ce soir-là. Le Béninois de la diasspora qu’est Lionel Zinsou est pourtant une chance pour ce pays. Sans vraie attache régionale parce qu’il a peu vécu au Bénin, il a l’avantage de ne pas être étiquetée comme le candidat d’une région précise dans un Bénin où le régionalisme est instrumentalisé par les politiques.

Le problème, c’est que Lionel Zinsou s’est révélé tard aux Béninois mais souhaite les diriger le plus tôt possible. Il s’agit-là certainement d’une volonté de servir son pays. Soit, mais je pense que nous gagnerions et lui-même y a intérêt, à accorder encore 5 ans à Lionel Zinsou pour faire ses preuves encore dans une fonction publique. Je serais le premier à lever le doigt pour appeler à voter pour Zinsou s’il se présente pour la première fois en 2021. Je pense qu’il aurait eu le temps de se préparer à la gestion du pouvoir. Cela dit mon commentaire ne choisit pas un président, seul le peuple béninois tranchera dans quelques jours.

Vincent Agué

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