Vincent AGUE

« Attention aux reptiles ! » : quand les Béninois tournent en dérision les coupures électriques

Extrait d’une vidéo « Un serpent chasse les oiseaux sur une ligne électrique », par Debiles.

Ça fait mal, mais il vaut mieux en rire. Depuis quelques semaines, les Béninois subissent stoïquement et avec humour des coupures électriques devenues monnaie courante. Alors qu’ils auraient tant voulu passer à un courant stable. Tout ça, à cause des… reptiles.

Le directeur général de la SBEE, la Société béninoise d’énergie électrique, était pourtant assez sérieux quand il expliquait sur Radio Bénin le 17 février dernier, que les coupures du courant étaient par endroits imputables aux reptiles et autres animaux qui endommagent les installations électriques.

Depuis, sur les réseaux sociaux, les Béninois sont à leur tour assez inspirés dans l’humour pour commenter toute coupure du courant. Le scénario varie d’une publication à l’autre : un serpent qui bouffe les fils électriques ici, des geckos qui causent un court-circuit ailleurs ou encore, l’organisation d’une chasse aux reptiles…

L’humour appelle l’humour…

La publicité se passe de commentaires…

Blackout national

Jeudi 21 mars, peu après 22h, les plaintes sur Facebook comme dans les groupes de discussion sur Whatsapp permettent de comprendre qu’une énième coupure intervenue ce soir était en réalité générale à tout le pays. Un situation due à une panne survenue sur la ligne de transport de l’énergie du Nigeria vers le Bénin. Comme l’expliquera plus tard le directeur général de la SBEE : “Nous importons notre énergie du côté du Nigeria”, rappelle M. Laurent Tossou. 

Mais avant cette réaction officielle, les plaintes teintées de railleries avaient foisonné sur les réseaux sociaux.

Hum, et si c’en était trop ? Apparemment oui !

Sous tension politique, hors tension électrique, c’est bon pour le moral

En pleine période période électorale, avec des législatives sous tension, les épisodes d’humour qui interviennent au rythme des coupures électriques sont certainement le moindre mal qui puisse décrisper les Béninois.

Rien que pour cette raison, on peut dire merci aux reptiles, euh, à la SBEE, pardon à l’auteur de la meilleure vanne dans cette affaire j’allais dire.

Oui, tenez, la dernière pour la route vers le stade de l’Amitié dimanche 24 mars… 

Les Eperviers du Togo sont avertis…


Collez la paix aux Français, ils n’en font pas trop de leur sacre au mondial !

L’équipe de France de football est championne du monde. Toute la France est en liesse. Grâce à ses puissants médias, le pays sacré en Russie ce 15 juillet 2018 fait retentir ses cris de joie hors de ses frontières. C’en serait de trop selon certains, qui en veulent aux Français pour leur trop grand orgueil. 

Oui, les médias français n’ont cessé de nous rabattre les oreilles avec l’actualité des Bleus durant tout le Mondial. Oui, les journaux et les émissions de leurs télés et radios que nous suivons sous les tropiques ont toujours jugé utile de nous informer de la moindre anecdote liée aux joueurs de l’équipe de France. C’est aussi vrai que des journalistes français ont annoncé le sacre des Bleus avant l’heure. On en a été saoulé ! 

Mais alors ! Serait-ce une raison pour crier haro sur l’équipe aux 15 joueurs d’origines africaines ? Serait-ce une raison pour souhaiter la défaite d’une équipe qui ne fait que jouer au football au même titre que les 31 autres nations présentes au mondial ?

On n’aime jamais assez sa patrie

Ces derniers jours les réseaux sociaux ont été inondés de ces messages dignes de malédictions à l’égard de l’équipe de France. Supporter une équipe est un choix individuel. De la même manière, il arrive qu’on déteste une équipe pour des raisons subjectives et assumées. Oui, oui, moi je ne supporterais jamais l’Uruguay à cause de la triste et célèbre main noire de Luiz Suarez qui a empêché le but ghanéen qui devait envoyer une équipe africaine en demi-finale du Mondial… en Afrique du Sud en 2010. Et l’édition 2018 m’a fourni une autre raison de ne pas supporter l’Argentine, pour le doigt d’honneur de Diego Maradona aux Nigérians…

Mais je ne trouverais pas agaçant que des citoyens de ces pays célèbrent à la folie les performances de leurs équipes nationales. Ceux qui espéraient qu’une équipe rabatte enfin le caquet aux Français auront été déçus. Leur torture psychologique, ils l’auront cherchée. Supportez ou détestez l’équipe de France comme bon vous semble, mais ne reprochez pas aux supporters de soutenir leur équipe ! Quand il s’agit d’aimer son pays, on n’est jamais assez patriote.

Chaque nation saisit toutes les occasions pour bien se positionner dans le concert mondial

La France, pour mille raisons, a certainement une image à soigner dans ses (anciennes) colonies d’Afrique. Est-ce pour cela qu’on devrait lui en vouloir sur tous les plans, y compris en sport ? La relation des Français avec leur pays relève de leur degré de patriotisme. Il est assez fréquent que les événements les plus douloureux comme les plus heureux fassent l’objet de surmédiatisation, au point d’agacer des Africains.

Mais que la France vende le rêve français à travers une hypermédiatisation de “l’affaire Gassama” ne devrait pas étonner, par exemple. Qu’elle célèbre avec faste sur plusieurs jours son titre de champion du monde, ne devrait pas non plus surprendre. Chaque nation saisit toutes les occasions pour bien se positionner dans le concert mondial. Et la France tient ici une énième occasion. Ne lui déniez pas le droit d’en user. Si vous pensez qu’elle devrait avoir le triomphe modeste, vous n’avez qu’à couper votre télé ou faire comme ceux qui vont simplement éviter les médias français pour un temps…

Dans l’espoir que ce soit prochainement votre tour de célébrer un titre de champion du monde, sachez que je me sentirai à l’aise pour dire à vos détracteurs de vous coller la paix. D’ici là, collez la paix aux Français ! Ils n’en font pas trop de leur sacre.

 

 


#BeninMeetsTogo : blogueurs du Bénin et du Togo défendent l’intégration sur les réseaux sociaux

Photo de famille des participants au #BeninMeetsTogo le 5 ami 2018 à Ouidah (Bénin). Photo : Aphatal Cissé
Photo de famille des participants au #BeninMeetsTogo le 5 ami 2018 à Ouidah (Bénin). Photo : Aphtal Cissé

La ville de côtière de Ouidah, située au sud-ouest du Bénin, a accueilli samedi 5 mai 2018 des blogueurs du Bénin et du Togo pour un tweetup spécial sur l’intégration sous-régionale en Afrique de l’Ouest.

Cette initiative des associations des blogueurs des pays avait pour objectif de promouvoir l’intégration ouest-africaine par l’usage des réseaux sociaux et de l’Internet en général. A l’origine, c’est la sauvegarde de la bonne relation entre le Bénin et Togo qui a motivé l’organisation de la rencontre. Il y a quelques semaines, des rumeurs propagées sur la Toile et appuyées par des images ont fait croire des Béninois présumés cybercriminels fuyant la traque dans leur pays sont poursuivis et tués par les Togolais dans le pays voisin.

Si la lutte contre le phénomène de la cybercriminalité est réelle au Bénin depuis le mois de mars (il y a eu des centaines d’interpellations par la police), la persécution des Béninois au Togo elle était bien une intoxication comme on le saura plus tard. Mais en quelques jours, la période la gloire des rumeurs ont fait monter la tension entre des pyromanes aussi bien du Togo que du Bénin (les uns répondant aux provocations des autres) qui sans retenue ont fait croire qu’une guerre était ouverte entre les deux pays.

Le tweetup bénino-togolais baptisé #BeninMeetsTogo devait alors des semaines après une fois l’accalmie installée, poser un débat serein sur la place des réseaux sociaux dans la l’intégration des pays d’une même région.

Mais la relation entre le Bénin et le Togo n’aura finalement été qu’un prétexte aux échanges qui ont aussi abordé la libre circulation des personnes en Afrique, la place des citoyens dans les politiques communautaires,…

Morceaux choisis

Pour lire plus que cette sélection de tweets, cherchez les autres publications toutes aussi intéressantes avec le #BeninMeetsTogo sur Twitter…

Vous tomberez certainement sur ces deux publications-ci que je ne saurais m’empêcher de vous faire voir:

  • La « bénédiction » du président en exercice de la CEDEAO, le président togolais Faure Gnassingbé

  • Et le repas intégré entre Togolais et Béninois

https://twitter.com/IamBaloGouN/status/992836137654935552


Blogcamp Bénin 2016 : un œil sur les insolites de la première journée

Blog camp 2016. Photo : Igor Koucoi @Msieursem
Blogcamp 2016. Photo : Igor Koucoi @Msieursem

La quatrième édition du blogcamp des blogueurs du Bénin en est à sa seconde journée ce dimanche 18 septembre 2016. La veille, l’événement a démarré et cette première journée s’est bien passée. Assez suffisant pour que Oeilvincent puisse raconter le côté « BlagueCamp ».

Le reporter de Oeilvincent arrive au Business promotion center de Porto-Novo qui abrite le Blogcamp, ce samedi matin un quart d’heure après 9h, heure prévue de la cérémonie d’ouverture. Dans un pays où le retard est presque normal, la ponctualité devient une exception. Exceptionnel pour lui donc de constater la mobilisation de nombreux participants déjà bien installés dans la salle. Les yeux rivés sur les ordinateurs et les smartphones. Pas étonnant quand même, non ? Surtout quand il y a une connexion wifi fournie par le sponsor officiel, Bénin Télécoms. L’attente sera un peu longue (au Bénin le retard, qu’il soit d’une minute ou de plusieurs heures, est un léger retard). Quelques minutes après l’entrée dans la salle des blogueurs du Burkina Faso et du Togo arrivés au Bénin, la cérémonie d’ouverture peut enfin commencer. Il sonne 10h passées de 10 minutes quand la présidente du comité d’organisation et le Président de l’Association des blogueurs du Bénin se résolvent à lancer l’événement en l’absence des « personnalités » invitées pour l’ouverture, qui n’ont pas fait le déplacement. On y va donc, c’est une affaire entre blogueurs, l’absence des « invités de marque » ne gêne pas. Awanabi Idrissou et Maurice Thantan prononcent leurs mots de bienvenue et de lancement. Le blogcamp peut commencer. Mais avant, les participants reçoivent leur kit, un ensemble de bloc-notes, stylo, et surtout d’un ticket restaurant (comme au campus, il s’agit ici de camp, on en est pas loin). Le tout dans un cartable. Sans oublier le tee-shirt.

La pause-café manquée

Prochaine étape prévue, la pause-café. Elle n’aura pas lieu. C’est donc avec surprise que votre reporter qui doit modérer le panel, première activité du camp, à lancer la discussion sur « Tics et bonne gouvernance ». Alors qu’il comptait sur la pause-café non seulement pour prendre son petit-déjeuner mais aussi pour briefer ses panélistes… Le hasard n’existe, finit-il par admettre. Pas grave, c’est passé, le débat s’est déroulé sans qu’aucun participant ne s’évanouisse.

L’heure du déjeuner sera respectée. Mais avant de passer à table, instant photo de famille des blogueurs qui ont arboré les tee-shirts. On découvre à l’occasion des styles comme celui des hommes qui se mettent tee-shirt sur chemise. Vivement une chronique de nos blogueuses mode sur ce look.

Les photographes font crépiter leurs appareils. Et le selfie, ce selfie à “histoire”.

Revenons sur la pause-café manquée et le faux bond des autorités invitées. Si ces dernières étaient venues, quelle excuse le comité leur aurait fournies pour expliquer l’impossibilité de prendre le café prévu dans l’agenda ?

Trois communications successives

“Éducation populaire au numérique”, c’est le titre de la première communication. Choix judicieux. Une sorte de formation de formateurs. C’est donc avec embarras que Médard Agbayazoun doit se lancer pour sa communication sur “Démocratie ouverte : quelle place pour l’open data ?”. Après le passage de Mathias Houngbo, Médard est censé appliquer tous les conseils donnés par son prédécesseur. L’a t-il fait ? Ce qui est sûr, il nous aura laissé croire que ses consultations sont “ouvertes”. Parce qu’il est un promoteur du logiciel libre !

Guillaume Djondo, lui, blogueur togolais, ne s’est pas permis une certaine liberté alors qu’il en était proche. Appelé à échanger avec ses les blogueurs sur “Tic et bonne gouvernance”, sa communication doit intervenir à un moment où la fatigue commence par gagner la salle. Il fait le constat et tente de nous réveiller. Comment ? Il nous fait croire qu’il va danser le nouveau titre de Toofan, “Téré-téré”. Hilarité de son public. La communication peut passer et bien se terminer par l’annonce d’une bonne nouvelle par la blogueuse mode Gloria Estelle : la danse promise par Guillaume Djondo ? Mais non ! Plutôt une pause-café, la fameuse retardataire.

“Blogueurs du dehors”

On va traîner les pas à rejoindre la salle après la pause-café. Révélation : votre reporter se demande si les types qui se permettent une longue détente sont des “blogueurs du dehors” réunis autour du président Maurice Thantan. Le petit groupe file droit en salle illico. Pour découvrir Romuald Djègbénou, agri-blogueur qui va démarrer sa communication sur “Blog comme outil de contrôle citoyen”. Lui, c’est un communicateur énergique : voix forte, occupation magistrale de la salle, questions au public, il désigne même des gens pour intervenir et exige des plus questions. Ah la passion, quand tu nous tiens ! Mais il sera obligé de s’arrêter pour laisser place au président Thantan qui prend la parole pour clôturer cette première journée. A bientôt !

 


Au Bénin, des “étudiants cacas” souillent l’université

« Insert brain her » signifie « insérez un cerveau ici ». Sans commentaire, à l’intelligent peu de mots. Source de l’image : the247analyst.wordpress.com
« Insert brain her » signifie « insérez un cerveau ici ». Sans commentaire, à l’intelligent peu de mots. Source de l’image : the247analyst.wordpress.com

S’ils n’ont aucun scrupule, pourquoi devrais-je m’imposer une certaine retenue ? Loin de moi la bassesse de répliquer sans élégance aux auteurs d’ignominies. Mais la gravité de l’acte posé m’a poussé à ne pas tenir de langue de bois.

Comme nombre de Béninois, j’ai été ému d’apprendre, au matin de ce mardi 16 août 2016, que des amphithéâtres de la première et plus grande université publique du Bénin, l’Université d’Abomey-Calavi (UAC), ont reçu l’épandage de matières fécales. Quelle horreur ! Je ne pouvais pas y croire au premier message qui m’est parvenu sur mon téléphone, car les rumeurs invraisemblables sont légion au pays avec la démocratisation de messageries instantanées (notamment via l’application WhatsApp). Honnêtement, si j’ai douté de la véracité de “l’info”, c’est aussi parce que je croyais que les responsables d’organisations étudiantes ne devraient pas en être capables. Hélas, j’avais tort. Ils ont bel et bien déversé des déjections sur les tables et bancs des salles de composition qui devaient accueillir les étudiants de la Faculté des Sciences et Techniques de l’UAC pour leurs examens. C’est la dernière trouvaille des meneurs de la lutte estudiantine. Ils font cela pour faire plier les autorités après deux mesures successives prises à l’encontre des étudiants de la Faculté des lettres : l’exclusion de 21 étudiants instigateurs de boycott d’examens et l’annulation pure et simple de l’année académique à ladite Faculté.

Depuis plus de deux mois, en effet, les délégués des étudiants ont bloqué la tenue des examens de fin de semestre à la Faculté. Celle-ci traîne à terminer l’année académique entamée très tard en mars. Un retard dû au prolongement de l’année précédente, corollaire d’un seul problème non résolu depuis l’année dernière : la suppression de la seconde session, qui permet aux étudiants des facultés de se rattraper après un échec à la première session.

Après une manifestation réprimée puis les deux mesures décidées par les autorités rectorales, les étudiants ne veulent pas en démordre. Les casses et incendies de voitures mais aussi des amphithéâtres qui ont eu lieu l’an dernier pendant le récurrent mouvement de grève “campus mort” avaient fait d’eux des vandales à maîtriser à tout prix, dont il faut surveiller les moindres gestes. Le campus est de facto devenu une garnison militaire dont l’entrée est gardée par des gendarmes depuis plus d’un an.

Les “héros” de la défense de la cause étudiante n’en ont apparemment pas conscience, au point de souiller encore plus une réputation déjà entachée.

Cause perdue

Le principal syndicat des professeurs essayait encore de défendre une cause perdue. Des voix s’élèvent, qui pour demander la clémence des autorités rectorales, qui pour appeler à une intervention du président de la République. Mais c’est par un acte insensé que les étudiants ont choisi de se faire remarquer. Dans une société béninoise où tout ce qui a trait aux excréments, notamment humains, est abordé avec une certaine gêne, une certaine réserve, il a pu paraitre logique dans la tête de “responsables” d’organisations d’étudiants, de manipuler des matières fécales, de les répandre dans des salles qui les accueilleront plus tard pour des examens, et d’en être fiers.

S’il était possible de passer ce malheureux événement sous silence pour ne pas porter un coup à l’orgueil de l’étudiant discipliné, studieux et conscient de son avenir, j’y travaillerais. Mais ce n’est n’est malheureusement pas possible. La nouvelle est partie, à chacun de la supporter ou de la rejeter comme il se comporterait dans un environnement répugnant.

Qui pour défendre encore l’indéfendable ? Au début du mouvement, j’avais, au cours d’un débat sur Radio Bénin, jugé légitime la résistance des étudiants. A présent, je peux me dédire. Je ne veux plus y tremper, ça sent mauvais.

Vincent Agué (facebook, twitter)

> Voir le reportage de la télévision nationale sur l’insolite 


Robert Mugabe va détrôner Toto sur la toile !?

Robert Mugabe au 12è sommet de l’Ua le 2 février 2002 à Addis Abeba.
Robert Mugabe au 12è sommet de l’Ua le 2 février 2002 à Addis Abeba. https://commons.wikimedia.org

Toto, les francophones connaissent ce petit personnage des histoires les plus tordues mettant en exergue la naïveté ou l’intelligence décadente de ce célèbre gamin jamais identifié dans la vie réelle. Son semblable, ou du moins celui à qui l’on veut tailler ce costume, n’est pas un francophone et il est aussi bien plus âgé et surtout identifié : Robert Mugabe. Les réseaux sociaux peuvent en témoigner depuis le Bénin.

Le nonagénaire président du Zimbabwé a sans doute, en bon vieillard africain, des pensées lumineuses sur toutes les questions existentielles, et les exprimer serait tout aussi facile pour lui. On sait combien il sait exprimer, avec éloquence et sans détour, ses prises de position souvent radicales. Mais est-ce suffisant pour croire tous les propos attribués à Robert Mugabe, fussent-ils empreints de sagesse (cela est relatif) ? Au Bénin, les habitués de Facebook sont familers depuis un certain temps de citations créditées Robert Mugabe. Le doyen des chefs d’Etat africains en exercice (par l’âge car le septuagénaire Jose Eduardo dos Santos avec ses 37 ans à la tête de l’Angola effectue actuellement le règne le plus long  en Afrique ) serait du coup perçu comme un autre Toto, voire un troll.

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Je ne suis pas aussi naïf ou enquiquineur que Toto, mais face aux propos attribués à Robert Mugabe, je me pose juste deux questions : dans quel contexte Mugabe aurait prononcé une telle phrase ? Mugabe ne parlant pas le français, quels sont les mots d’une telle autre citation en anglais, la langue officielle du Zimbabwe ?

Peut-être ai-je tort de vouloir prendre la défense de Robert Mugabe. Mais il se fait que je ne suis pas le seul à avoir une certaine réserve vis-à-vis des déclarations données pour dues au tribun “père de l’indépendance” de l’ancienne Rodhésie du Sud. Apparemment, le vieillard de chef d’Etat servirait de couvert à des phrases concoctées par des esprits malicieux qui éprouveraient une gêne à en assumer la responsabilité. D’autres personnes ont aussi fait le constat.

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Robert Mugabe n’est cependant pas le premier dirigeant africain objet de railleries populaires

Habitué des discours sans retenue, Robert Mugabe a certainement prêté flanc à la chose en plus de se faire ridiculiser par sa résistance à un pouvoir qu’il n’aura d’autre choix que de laisser un jour ou l’autre. Il avait déjà été la risée de la toile après que des images de sa chute suite à une marche ratée à l’aéroport d’Harare en février 2015 ont été publiées par certains sites. Une parodie s’ensuivit.

Robert Mugabe n’est cependant pas le premier dirigeant africain objet de railleries populaires. Que n’a-t-on pas entendu dire d’Eyadéma Gnassingbé, l’ancien président du Togo décédé en 2005 ? Les mille et une histoires racontées à son propos tendent souvent toutes à mettre en exergue sa non maîtrise de la langue de Molière… Un handicap qui ne lui pas cependant empêché de régner 38 ans à la tête de son pays (et même de continuer par régner même après sa mort car “très Faure” est-il… ).

Gnassingbé puis Mugabe, à qui le tour ? Qui sait, le non moins rigolo président gambien, Yahya Jammeh serait bon pour prendre la place. Tenez, par exemple, dans une interview au magazine panafricain “Jeune Afrique”, le belliqueux dirigeant, a justifié ainsi sa décision de prescrire le port de voile aux femmes de son pays : les femmes fonctionnaires laissent traîner des mèches chinoises ou brésiliennes dans des dossiers de l’administration. Pour y mettre fin, la parade est simple : imposer le port de voile… Voilà un autre comique, son cas sera probablement traité plus tard…

Vincent Agué (facebook, twitter)


L’Académie française se penche sur l’expression « muet comme Hissène Habré »

Hissène Habré a assisté impassible à son procès (Image modifié)
Hissène Habré a assisté impassible à son procès (Image modifié)

Avertissement : l’histoire que vous allez lire s’est passée dans la nuit dernière dans le énième rêve de son auteur qui a pris le soin de l’enregistrer pour la postérité. Vous pouvez, après lecture, si vous n’êtes pas comblé, vous procurer cet enregistrement vidéo pour vous en convaincre. Une seule condition vous est opposable alors : Rejoignez le narrateur dans son prochain rêve avec vos yeux bandés pour une observation décalée.

Tchadiens, réjouissez-vous ! La langue française sera bientôt enrichie d’une nouvelle expression pas comme les autres en ce qu’elle comportera le nom de votre ancien président, Hissène Habré. Si celui-ci est inscrit dans le Dictionnaire Universel comme un nom propre d’homme politique africain, cette fois-ci c’est dans une expression ordinaire. Et ça c’est une évolution. Oui bientôt l’Académie française va homologuer l’expression “muet comme Hissène Habré”.

J’ai été témoin la nuit dernière dans la cour des Immortels de la cuisine très avancée qui nous offrira cette expression. Les derniers ingrédients pour la mise au point de l’expression sont en train d’être réunis. Tout est fin prêt, m’a confié l’un des cuisiniers  à pied d’oeuvre pour rôtir une carpe.

Les académiciens étaient à un moment plongés, les yeux tamisés par de gros bésicles, dans la lecture de leurs documents. Hors de leurs regards (je suis invisible), j’ai alors pu discrètement dérober la première mouture de la fiche sur l’expression en préparation. En fait c’est le mot “muet” qui connaitra l’ajout d’une expression contenant le nom de l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré. Une petite note d’histoire sur l’origine de l’expression devrait se réumer pour l’essentiel ainsi :

“…du nom de l’ancien président du Tchad, un pays africain. Il dirigea son pays du 7 juin 1982 à 1990, huit années pendant les quelles, plusieurs milliers de personnes ont été massacrés, torturés par une police politique. Chassé du pouvoir, le dictateur s’exile au Sénégal. Sur l’instruction de l’Union Africaine, l’organisation panafricaine regroupant les pays d’Afrique, le Sénégal accepta de juger l’ancien chef d’Etat pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture. Le procès ouvert le 20 juillet 2015, a d’abord été suspendu avant de reprendre le 7 septembre. Durant tout le procès qui durera jusqu’à février 2016 et même déjà pendant les auditions dans le cadre de l’instruction de l’affaire, le principal accusé, impassible, s’est plongé, en signe de protestation contre la procédure judiciaire, dans un silence jusqu’à perdre l’usage de …”

 

J’en étais à ce niveau de la note de présentation de l’expression quand je suis revenu à la réalité du monde des humains. J’ai alors saisi mon Petit Robert et consulté le mot “muet” censé contenir “… comme Hissène Habré”. Je n’y ai vu que les expressions “muet comme un poisson”, “muet comme une carpe”, “muet comme une statue”, “muet comme la tombe, “muet comme les pierres”. Pressé de voir mon expression ajoutée au dico, j’ai alors crié (moi je ne suis pas muet !) : mais jusqu’à quand vais-je patienter ? Question à laquelle la page ouverte du dico est restée insensible (poisson, statue, tombe et pierres sont restées muets).
Merde! je vais devoir m’en arrêter là, je dois vite décrocher mon téléphone. Mon informateur de l’Académie m’appelle ! Je retourne dans mes nuages pour glaner d’autres informations. A bientôt !

Vincent Agué (facebook, twitter)

 


[Fiction] Manifs contre la Loi Travail en France : 7 bons conseils d’un dirigeant tropical à François Hollande

Dessin d'une poignée de main. Hollande aurait besoin d'une main secourable
Le président français aurait-il besoin d’une main secourable face à la crise de la Loi Travail ? Dessin d’une poignée de main. Source : https://pixabay.com/fr/poign%C3%A9e-de-main-black-blanc-amis-23611/

[Fiction]

 » Ça se passe vraiment en France ? Ce ne sont pas des images d’une capitale africaine ?  » Ces questions ne seraient pas étonnantes si on se les posait en voyant à la télé les images des manifestations de Français contre la Loi Travail.

Les manifestations contre la loi de la ministre du Travail française, Myriam El Khomri, adoptée au parlement le 12 mai 2016, prennent de l’ampleur de jour en jour. Les syndicats se radicalisent et poussent le bouchon très loin pour faire le plus de mal possible afin de faire reculer le gouvernement de Manuel Valls. Leur trouvaille, le blocage des dépôts de carburant et des raffineries. Ils n’ont pas mal trouvé, car couper l’essence revient à donner un coup d’arrêt à l’économie, à rendre la vie difficile. L’énergie, c’est vraiment la vie !

Le président français et son Premier ministre sont-ils indifférents à ce spectacle qu’offre la France au monde ? Peut-être oui, peut-être non. Une chose est sûre, Hollande et Valls ne comptent pas fléchir. Mais jusqu’où sont-ils prêts à aller dans ce bras de fer contre une partie du peuple français ? 

Imaginez que François Hollande s’en remette à un de ses pairs africains pour se tirer d’affaire. Là au moins, il a intérêt à venir apprendre des choses par ici. 

La gestion des crises similaires à celle de la Loi Travail, les pays africains en sont spécialistes. Alors, Monsieur Hollande, voici quelques bons et généreux conseils d’un président tropical sensible à votre peine. “Oeilvincent” (mon troisième oeil) a pu scanner la première mouture de 7 astuces qui du reste ont déjà fait et continuent de faire leurs preuves partout sur le continent :

  1. Essayer d’abord d’interdire les manifestations ;
  2. Prendre la précaution de bloquer l’internet, les réseaux de communication ou les réseaux sociaux qui facilitent la mobilisation ; 
  3. Si malgré cela, les syndicats bravent l’interdiction, déployer policiers, gendarmes et soldats pour encadrer les turbulents (Nota Bene : le nombre d’agents de l’ordre doit être supérieur à l’effectif possible des manifestants) ;
  4. Une fois la manif enclenchée, faire un bain au gaz lacrymogène aux têtes brûlées ;
  5. S’ils ne sont pas dissuadés, il faut leur tirer dessus ; 
  6. S’il y en a qui ne prennent pas leurs jambes à leur cou, il ne reste plus qu’à les capturer et les conduire au poste pour explications et corrections. Il faut surtout viser les meneurs ; 
  7. Radier les agents publics solidaires des manifestations 

En voilà pour les premiers conseils élémentaires à François Hollande depuis les tropiques. Dans la même situation que le président français, mon dirigeant africain imaginaire aurait lui-même appliqué ces mesures d’une efficacité sans pareil.

Mais, à ces conseils, François Hollande répondrait logiquement : “Je veux bien mais les textes ne m’y autorisent pas, c’est impossible et même horrible”. Le bon conseiller qui veut secourir un homologue en situation délicate, pourrait alors, tout aussi logiquement, lui faire remarquer que les textes ne sont rien sans les hommes pour les faire respecter.

Hollande répondrait qu’il n’y peut rien car la loi protège des citoyens et l’autorité, si puissante soit elle, ne peut violer les droits de ceux-ci. Surtout qu’en tant que président de la République, il a le devoir de protéger les Français quels qu’ils soient. “Mais alors, rétorquerait l’imperturbable dirigeant tropical, pourquoi soumettre vos concitoyens salariés à la merci des entreprises ? Je vous souhaite vraiment de ne pas être contraint de renoncer comme cela avait été le cas du projet de révision de la Constitution. Là aussi déjà vous aviez décliné mon offre d’expertise en relecture concluante, et sans tambour battants, de la Constitution. Moi-même je dois mon maintien sur mon fauteuil à ma réussite en la matière comme bien d’autres de mes homologues du continent… Donc, mon offre de consultation gratuite reste valable, cher ami !” 

Conclusion, c’est la différence entre la France et certains pays de mon beau continent. Ici, la loi protège rarement les citoyens, l’Etat de droit attend encore la disparition de l’Etat de police avant de s’installer. 

Si Hollande ne veut pas des beaux conseils de mon président imaginaire, tant pis pour lui !

Vincent Agué (FacebookTwitter)


Ils savent utiliser WhatsApp, ils menacent mon métier de journaliste ?

whatsapp y a marreLe 3 mai 2016 c’était la journée mondiale de la liberté de presse, les journalistes béninois et ceux du monde ont célébré leur métier. Moi aussi, je me suis senti à l’honneur car j’adore mon métier. Mais un peu trop fier, ne dirait-on pas ? Ne devrais-je pas revoir à la baisse mon orgueil de “producteur professionnel de l’information ?” Et pour cause, le développement du partage de l’information par les Béninois sur les réseaux sociaux et surtout via WhatsApp.

Depuis que le smartphone n’est plus un luxe parce que les téléphones intelligents bon marché sont disponibles à tous les coins de rue à moins de 30 000 francs CFA, l’usage des applications mobile populaires n’est plus réservé à une poignée de privilégiés ou de connaisseurs. De ces applis, une m’intéresse par son succès spectaculaire. C’est l’application de messagerie instantanée WhatsApp qui fait le bonheur de ses utilisateurs de plus en plus nombreux. Au Bénin, ceux qui ne l’ont toujours pas sur leur téléphone vivent sans doute en marge de la tendance. Grâce à elle, beaucoup de gens prennent goût à l’Internet (pour certains, naviguer, c’est savoir utiliser WhatsApp). On préfère désormais activer un forfait Internet sur son téléphone pour ses messages via WhatsApp que de payer pour les SMS classiques. C’est par “Wazap” (c’est la prononciation populaire) qu’on échange dorénavant avec ses contacts. Je ne vais pas m’attarder sur ce phénomène qui fait de certaines personnes de véritables esclaves de leur smartphone…

Ce qui m’intéresse parce que me touchant, c’est le développement du partage d’”informations” par les groupes de discussion. Ces forums de discussion en groupe sont sur le point de devenir des médias, d’un autre genre. J’ai raison de m’en moquer, mais très vite, je me rends à l’évidence que leur portée mérite attention. Tenez, le téléphone va bien remplacer la radio et la télé. En dehors des messages vulgaires, obscènes, blagues ou autres futilités à vitesse d’épandage virale, les utilisateurs de WhatsApp sont à la quête d’autres choses : les nouvelles du pays. Ceux qui ont vite compris se sont spécialisés en producteurs d’”informations”.

“Lu pour vous”, un informateur omniscient ou dame rumeur ?

Le phénomène existait certes depuis quelques années, mais il a pris de l’ampleur avec la dernière élection présidentielle. Des textes volent de groupe en groupe sous la plume de Monsieur “Lu pour vous”. Ecrit au début d’un message ou à la fin de celui-ci, “Lu pour vous” indique que le texte est sans auteur identifié. Du coup, sous la plume de cet informateur anonyme, peuvent se cacher des manipulateurs qui ne cherchent rien d’autre qu’à orienter l’opinion, la monter dans un dessein politique. Cela a sans doute fonctionné lors de la campagne électorale pour l’élection présidentielle.

Les principaux candidats s’étaient envoyés des piques par partisans interposés et via WhatsApp. Que n’a-t-on pas pu lire sur Lionel Zinsou, le candidat désigné comme celui de la Françafrique et de la recolonisation du Bénin ? On ne me dira surtout pas que les auteurs des mille et un tracts sur Monsieur Zinsou le faisaient pour lui plaire. On avait aussi pu lire assez de charges contre Patrice Talon – celui qui gagnera la présidentielle – qui se serait enrichi sur le dos des Béninois et ne mériterait pas de devenir chef de l’Etat. Ces messages de propagande, j’en ai sauvegardé certains, je me défends d’en faire la publicité ici.

Crédulité

Ces écrits non authentifiés ont pourtant un tel succès qui laisse croire que les messages véhiculés sont crédibles aux yeux de certains, même de personnes assez éclairées pour savoir se montrer prudentes face à ce genre de texte passe-partout.

En dehors même de la politique, les nouvelles “lues pour vous” ont toujours une pénétration phénoménale. Des personnalités publiques en font les frais parfois. Le weekend des 7 et 8 mai 2016, un texte signé de “mon confrère Lu pour vous” a annoncé la mort de l’ancien médiateur de la République, Albert Tévoédjrè. C’est finalement l’octogénaire patriarche de la scène politique béninoise lui-même qui va démentir “le tueur”. D’où est partie cette fausse alerte et à quel dessein ? Impossible de le savoir. Mais avant le démenti formel, elle aura eu son temps de gloire, les plus crédules y ont cru et l’ont relayée.

Pourtant, des indices pour déceler les fausses infos ne manquent pas parfois sur les messages partagés dans les groupes de discussion. Un ami qui partage ma position sur la question m’expliquait un jour comment il a pu simplement “ouvrir les yeux” à un contact à lui qui venait de lui transéférer un message (de “Lu pour vous” bien sûr) à propos des obsèques de l’ancien président béninois Mathieu Kérékou. Selon le message, l’une des dernières volontés de l’ancien chef d’Etat mort le 14 octobre 2015 et lue dans son testament, serait de n’être pas enterré par le président en poste à l’époque, Boni Yayi. Mon ami a dû raisonner son contact en lui rappelant que le testament d’un défunt ne se dévoile qu’après son inhumation et même bien plus tard… La suite concernant Kérékou, c’est que sa dépouille a bien rejoint sa dernière demeure sous la direction de Boni Yayi le 12 décembre. Ce cas n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Inconscience aussi ?

Là où le bât blesse aussi, c’est quand les fausses alertes, les messages à peine croyables sont relayés dans les groupes de discussion de journalistes. Les professionnels de l’information qui devraient s’imposer une certaine rigueur en la matière. Si vous tentez de faire le reproche à un confrère qui partage une info à la source inconnue, vous risquez de vous faire ramasser par quelque dans ce genre : “Tu vois bien que c’est du Lu pour vous, ne me demande pas la source”.

C’est à croire qu’ entre les journalistes et les pseudo-activistes il n’y pas pas de différence. Il y bel et bien une différence même si j’ai des raisons de me demander si les utilisateurs de WhatsApp sont mes concurrents ou mes futurs confrères ? Les confrères à moi que j’admets pour l’heure, les journalistes comme moi, du moins certains d’entre eux ne semblent pas prendre conscience du phénomène et l’amplifient par leur légèreté vis-à-vis du partage d’infos via WhatsApp. J’ai souvent encore plus mal quand des journalistes piquent les articles de sites d’information ou de blogs et les partagent sans liens et sans signatures (celles-ci remplacées par Lu pour vous).

Journalisme citoyen oui, mais…

Pour autant, tout ce que les Béninois se partagent entre eux via Whatsapp, n’est pas de l’ordre des ragots. Loin de là, il y a aussi du vrai. Oui, le journalisme citoyen est en marche, plus facile avec l’application de messagerie abusivement considérée comme réseau social chez moi (il a sans doute détrôné Facebook je pense). Je me souviens avoir été informé de l’incendie au grand marché de Dantokpa de Cotonou le 31 octobre 2015 par un message reçu par WhatsApp la nuit. Un message venant non pas d’un confrère journaliste mais d’un ami qui ne connaît rien au métier de l’information. Il ne faisait que partager comme la plupart des Béninois accros de WhatsApp qui sont plutôt très altruistes – dans le jargon on dirait en anglais, “they are social” – en matières d’alertes.

C’est plus qu’un réflexe désormais chez les Béninois, le fait d’immortaliser une scène dont ils sont témoins et d’en informer leurs contacts. Avec WhatsApp, la veille citoyenne se développe et les dirigeants devraient faire très attention dans leurs agissements hors de leurs bureaux. Des smartphones prêts à les photographier ou enregistrer leurs propos pour le compte du public, sont partout. Les échanges violents entre le président Yayi et le député Candide Azannaï en 2015 ont été rendus publics via WhatsApp. En mars 2016, les propos injurieux de Monsieur le président sortant sur le candidat Talon n’ont été publiés et relayés de téléphone en téléphone que par WhatsApp. Des exemples du genre qui mettent à nu les comportements peu catholiques des autorités existent à foison.

Cependant, les journalistes citoyens qu’on encourage ne pèchent-il pas parfois ? Par leur touche de perception personnelle ajoutée à une alerte qu’ils partagent ? Toujours lors de la présidentielle de 2016, un bus transportant (régulièrement comme on le confirmera plus tard) des documents électoraux imprimés au Burkina Faso pour le compte de la Commission électorale nationale autonone a été intercepté par la police à Djougou, au nord-ouest du Bénin frontalier du Faso. La population s’en est mêlée. Une alerte est lancée avec comme info : un bus rempli de bulletins pré-estampillés a été arrêté par la police. Quelle était l’intention de l’auteur ? Si ce n’est pas manipuler, c’est sans doute pour faire sensation. Toujours sur le revers de la médaille, il me plaît de m’interroger encore : pourquoi les Béninois devraient-ils se préoccuper de prendre une photo d’un accident de la circulation plutôt que de s’empresser pour sauver les personnes en danger ? La tentation du scoop ?

Ah WhatsApp, quand tu les tiens ! Que reste-t-il à savoir de toi ? Rien ne t’arrête, je ne le pourrai d’ailleurs pas. Mais je suis libre de m’en arrêter ici pour mon topo. Avec l’assurance que mon texte publié sur mon blog pourrait me revenir en messagerie sous la plume de Monsieur tout le monde, “Lu pour vous”. Les articles de blogs et de sites Internet aussi, il sait en voler. On s’en accommode ? Hey there ! I am using WhatsApp (Salut ! J’utilise WhatsApp)

Vincent Agué (Facebook, Twitter)


Bénin, Congo et Niger : Un 20 mars 2016 différemment “démocratique”

Une femme glisse son bulletin dans l'urne pour le second tour de la présidentielle béninoise le 20 mars 2016 à Natitingou (Nord du Bénin)
Une femme glisse son bulletin dans l’urne pour le second tour de la présidentielle béninoise le 20 mars 2016 à Natitingou (Nord du Bénin)

Cela arrive certainement rarement. On savait que 2016 est une année amplement électorale en Afrique. Mais on ne pouvait pas imaginer que trois pays voteraient le même jour pour le même type d’élection. Ce 20 mars 2016 était jour d’élection présidentielle au Bénin, au Congo et au Niger, trois pays francophones d’Afrique. Ils votaient certes ce dimanche mais le contexte électoral n’était pas le même. Il y a avait élection et réélections

Bénin : Election

L’élection présidentielle béninoise était des plus ouvertes que le pays ait jamais connues. Le président sortant, Boni Yayi n’étant pas candidat, le jeu était très incertain. Même le candidat – le Premier ministre Lionel Zinsou – soutenu par la coalition politique au pouvoir et d’autres partis, n’était pas donné favori. Arrivé premier à l’issue du premier tour deux semaines en arrière, Lionel Zinsou affrontait Patrice Talon. Ce dernier s’était fait une réputation d’irréductible opposant de Boni Yayi alors même qu’il n’était pas monté sur la scène politique à visage découvert. L’homme d’affaires qui finançait la classe politique depuis 1995 a décidé de se porter candidat. Et avec son réseau, il a fait mal. Lors d’un inédit débat télévisé entre les deux finalistes, le peuple béninois a eu l’occasion  d’apprécier ces deux personnalités mais aussi de montrer à la face du monde que la transparence n’est pas un voeu dans les élections béninoises. Elle se manifeste aussi à la télé.


A l’issue du vote, Patrice Talon a remporté le duel avec Lionel Zinsou, le dauphin béni de Boni Yayi. C’est inimaginable en Afrique qu’un président qui finit 10 ans de pouvoir n’arrive pas à faire élire le candidat qu’il soutient pour sa succession. Mieux, c’est l’opposant radical de Boni Yayi qui gagne et confirme la “rupture”, le maître mot de cette élection. Le candidat malheureux ne tardera pas à reconnaître sa défaite et appeler le nouvel élu pour le féliciter.

Il ne pouvait faire autrement car les chiffres étaient connus de tous… grâce notamment aux moyens de communication mis à profit par un peuple vigilant. Oui, la société civile a veillé et même collecté les résultats au moyen d’Internet. C’était donc une vraie élection au Bénin en 2016. Tout le contraire de ce que le Niger et le Congo ont proposé à l’Afrique ce dimanche.

Congo et Niger : Réélection sans péril

Au Congo et au Niger ce 20 mars, il ne s’agit pas d’élection mais de réélection bien orchestrée. Le Congo votait pour le premier tour de la présidentielle qui opposait le chef de l’Etat sortant – Denis Sassou Nguesso qui ne sortira pas – à huit autres candidats. Le Président congolais est à la quête d’un nouveau mandat après 32 ans passés au pouvoir. Sa victoire est toute tracée depuis la révision réussie de la Constitution à cette seule fin. C’était le premier acte d’un scénario qui finira comme voulu. Comment ne pas présager d’une victoire du président candidat quand le scrutin est organisé dans un contexte “moyen-âgeux” ? Tenez, au 21è siècle, dans un pays qui se veut démocratique, le gouvernement coupe les télécommunications sous un fallacieux prétexte de sûreté nationale, le jour du vote ! Cela ne suscite que de l’indignation.

Au Bénin, une telle mesure ne passerait pas. A la veille du premier tour de la présidentielle, le gouvernement avait décidé d’interdire les téléphones portables dans les bureaux de vote. Un tollé s’ensuivit. La commission électorale qui seule est compétente va simplement désavouer le gouvernement au grand bonheur des électeurs et de la société civile. Mais de quoi a si peur Sassou Nguesso ? Avant le du vote, un des candidat, le Général Jean-Marie Michel Mokoko avait même été interpellé par le service des renseignements à plusieurs reprises… Tous les moyens sont bons pour organiser une réélection.

Au Niger, c’est la réélection de la honte qui déshonore ce pays. Le président en exercice veut rempiler. Ce 20 mars, il fait face au second tour de la présidentielle à Hama Amadou, emprisonné depuis novembre 2015, pour un délit de droit commun, la supposition d’enfant. L’opposant en prison lors du premier tour était arrivé 2ème. Pour le second tour, ses soutiens auront tout fait pour le faire libérer pour qu’il batte campagne, mais en vain. Il sortira de prison, pas pour se promouvoir mais pour aller directement en France se faire soigner. Pauvre opposant. Le président nigérien n’a pas voulu de lui sur le ring pour un combat à la régulière. Après sa réélection (sans péril), j’espère pour Mahamadou Issoufou de ne pas “triompher sans gloire”.

Vincent Agué