Bénin : quand la grève tue l’hôpital public

"hôpitaux morts"

L’intersyndicale des ressources humaines en santé du Bénin a le plaisir de vous annoncer la « mort » de l’hôpital public. Si cette manière de commencer mon billet est alarmiste, je change volontiers ma façon de raconter les choses. De toutes les manières, ce qui est décrit ci-après n’est pas bien loin de traduire l’amorce de ce billet. 

Un pays sans service de santé public, ou presque. Mon pays le Bénin en fait la dure expérience depuis ce mardi 14 octobre 2014. Une catégorie d’agents de santé appelés praticiens hospitaliers observent un mouvement honteux de grève de trois jours sur sept sans service minimal. Je n’y croyais pas quand l’annonce de cette grève a commencé par apparaître dans la presse. Ils ne vont quand même pas faire ça, me suis-je toujours dit.

Mais au Bénin, tout est possible. Des fonctionnaires arrêtent volontairement et fièrement de travailler pour réclamer de l’argent. Non pas leurs salaires, mais des indemnités de logement. Pas que ces indemnités n’existent pas. Mais qu’elles existent et doivent êtres augmentées. Pas que le gouvernement a refusé de les augmenter. Mais qu’il faille que la décision d’augmentation intervenue en février 2014 soit appliquée de façon rétro-active à compter de 2008. Pas que le gouvernement refuse de négocier à propos. Mais que le gouvernement s’engage sur papier à travers un « protocole d’accord ». Et Pas que et toujours pas que…

Parce que donc cet engagement n’est pas obtenu, on décide de refuser de faire son travail. Pas n’importe quel travail. Le travail sensible de soigner les malades. Et pas n’importe quel refus. Un refus catégorique.  Et si vous voulez, je peux encore continuer. Une grève qui fait fi du contexte d’alerte sanitaire. Ebola fait frémir partout. L’épidémie n’est pas au Bénin. Mais au nord du pays, à Péhunco, les populations sont prises en otage par le choléra (plus de cent cas déjà enregistrés dont un décès officiel).

La grève est un droit garanti par la loi au Bénin. Elle est l’arme suprême que le travailleur emploie quand il est poussé à bout. Mais chez moi la grève est même plus, c’est un devoir. Un devoir de laisser mourir de pauvres personnes en l’espèce. Impunément. Fièrement on a eu le culot d’annoncer qu’on organisait, pardon orchestrait l’opération « Hôpitaux morts ». Les grévistes savent bien les conséquences inévitables de leur acte. Sans cœur, ils optent pour la radicalisation. Cette énième grève a le don d’ôter à la grève son utilité. Aller en grève est désormais chose banale et ordinaire…

Vincent Agué

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