Au Bénin, des “étudiants cacas” souillent l’université

« Insert brain her » signifie « insérez un cerveau ici ». Sans commentaire, à l’intelligent peu de mots. Source de l’image : the247analyst.wordpress.com
« Insert brain her » signifie « insérez un cerveau ici ». Sans commentaire, à l’intelligent peu de mots. Source de l’image : the247analyst.wordpress.com

S’ils n’ont aucun scrupule, pourquoi devrais-je m’imposer une certaine retenue ? Loin de moi la bassesse de répliquer sans élégance aux auteurs d’ignominies. Mais la gravité de l’acte posé m’a poussé à ne pas tenir de langue de bois.

Comme nombre de Béninois, j’ai été ému d’apprendre, au matin de ce mardi 16 août 2016, que des amphithéâtres de la première et plus grande université publique du Bénin, l’Université d’Abomey-Calavi (UAC), ont reçu l’épandage de matières fécales. Quelle horreur ! Je ne pouvais pas y croire au premier message qui m’est parvenu sur mon téléphone, car les rumeurs invraisemblables sont légion au pays avec la démocratisation de messageries instantanées (notamment via l’application WhatsApp). Honnêtement, si j’ai douté de la véracité de “l’info”, c’est aussi parce que je croyais que les responsables d’organisations étudiantes ne devraient pas en être capables. Hélas, j’avais tort. Ils ont bel et bien déversé des déjections sur les tables et bancs des salles de composition qui devaient accueillir les étudiants de la Faculté des Sciences et Techniques de l’UAC pour leurs examens. C’est la dernière trouvaille des meneurs de la lutte estudiantine. Ils font cela pour faire plier les autorités après deux mesures successives prises à l’encontre des étudiants de la Faculté des lettres : l’exclusion de 21 étudiants instigateurs de boycott d’examens et l’annulation pure et simple de l’année académique à ladite Faculté.

Depuis plus de deux mois, en effet, les délégués des étudiants ont bloqué la tenue des examens de fin de semestre à la Faculté. Celle-ci traîne à terminer l’année académique entamée très tard en mars. Un retard dû au prolongement de l’année précédente, corollaire d’un seul problème non résolu depuis l’année dernière : la suppression de la seconde session, qui permet aux étudiants des facultés de se rattraper après un échec à la première session.

Après une manifestation réprimée puis les deux mesures décidées par les autorités rectorales, les étudiants ne veulent pas en démordre. Les casses et incendies de voitures mais aussi des amphithéâtres qui ont eu lieu l’an dernier pendant le récurrent mouvement de grève “campus mort” avaient fait d’eux des vandales à maîtriser à tout prix, dont il faut surveiller les moindres gestes. Le campus est de facto devenu une garnison militaire dont l’entrée est gardée par des gendarmes depuis plus d’un an.

Les “héros” de la défense de la cause étudiante n’en ont apparemment pas conscience, au point de souiller encore plus une réputation déjà entachée.

Cause perdue

Le principal syndicat des professeurs essayait encore de défendre une cause perdue. Des voix s’élèvent, qui pour demander la clémence des autorités rectorales, qui pour appeler à une intervention du président de la République. Mais c’est par un acte insensé que les étudiants ont choisi de se faire remarquer. Dans une société béninoise où tout ce qui a trait aux excréments, notamment humains, est abordé avec une certaine gêne, une certaine réserve, il a pu paraitre logique dans la tête de “responsables” d’organisations d’étudiants, de manipuler des matières fécales, de les répandre dans des salles qui les accueilleront plus tard pour des examens, et d’en être fiers.

S’il était possible de passer ce malheureux événement sous silence pour ne pas porter un coup à l’orgueil de l’étudiant discipliné, studieux et conscient de son avenir, j’y travaillerais. Mais ce n’est n’est malheureusement pas possible. La nouvelle est partie, à chacun de la supporter ou de la rejeter comme il se comporterait dans un environnement répugnant.

Qui pour défendre encore l’indéfendable ? Au début du mouvement, j’avais, au cours d’un débat sur Radio Bénin, jugé légitime la résistance des étudiants. A présent, je peux me dédire. Je ne veux plus y tremper, ça sent mauvais.

Vincent Agué (facebook, twitter)

> Voir le reportage de la télévision nationale sur l’insolite 

5 thoughts on “Au Bénin, des “étudiants cacas” souillent l’université

  1. Vincent, nous avons fait le campus nous aussi…. Toi et moi. Nous n’avions pas eu besoin de vider les toilettes sur les bancs avant d’avoir nos parchemins. L’intelligence a pris place là où la science doit avoir siège.

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